Le jour où j’ai fait le grand saut

Un rêve à exaucer

Je vais vous faire un aveu: je n’ai pas toujours été décoratrice d’intérieur. Avant, j’étais hôtesse de l’air dans une grande compagnie aérienne. J’aimais beaucoup mon métier, c’était comme un rêve qui se réalisait.

Moi qui n’avais quasiment jamais pris l’avion, qui ne connaissais guère que l’Espagne et le Portugal, qui rêvais de découvrir d’autres lieux et d’autres cultures, qui aimais la chaleur et rêvais des Tropiques, je me suis retrouvée du jour au lendemain à passer le plus clair de mon temps dans les îles et à voyager d’un continent à l’autre. C’est grisant ! Et quand on s’intéresse à la nature humaine, c’est tellement enrichissant !

Les premières alertes

Et bien malgré le plaisir que j’avais à exercer ce métier, très vite j’ai senti que je ne ferais pas toute ma carrière sur long courrier. C’est  passionnant, mais si vous saviez ce que le corps encaisse! On pense au décalage horaire qui dérègle notre sommeil au point de provoquer des insomnies, mais ce n’est pas le pire… Rester des heures et des heures debout dans des escarpins, de jour comme de nuit, c’est épuisant, mais ce n’est là encore que la partie visible de l’iceberg, même si cela m’a valu de passer sur le billard car mes pieds n’étaient pas armés pour ce type d’activité.

Avez-vous pensé aux dommages de la pressurisation sur notre corps? Pour le comprendre, il suffit d’observer les formes que prennent les bouteilles en plastique dans un avion. En fait nos organes subissent la même chose à chaque vol. Imaginez 10 vols par mois… Mais ce n’est pas tout. Vous nous avez vues manœuvrer ces chariots remplis de nourriture et de boissons? Le dos est extrêmement sollicité et quand les roues bloquent, on n’est pas à l’abri d’un mauvais mouvement… La première fois que mon dos a dit stop, j’avais à peine 26 ans… Je n’ose pas imaginer ce que ça aurait donné si j’avais insisté jusqu’à la fin de ma carrière…

Quand on sait mais qu’on ne bouge pas

Vous aurez compris que même si mon métier me passionnait, pour moi il était contre nature puisqu’il faisait violence à mon corps. Malgré cela, je suis restée 15 ans dans cette compagnie. Je n’ai pas travaillé tout le temps car j’ai eu quelques problèmes de santé et j’ai aussi pris du parental pour m’occuper de mes enfants. Mais je suis restée.

En fait il y a une grande différence entre savoir que notre métier ne nous convient pas et entreprendre de vraies démarches pour le quitter. Alors souvent on cherche des compromis. Pour ma part, je m’étais dit qu’à terme,  je continuerais ma carrière en tant que formatrice et que je passerais moins de temps dans les avions.

Quand la vie nous secoue

En 2000, alors que je commençais déjà, après à peine 2 ans d’activité, à vraiment ressentir des effets négatifs sur ma santé, je m’étais dit que je ne ferais pas ce métier toute ma vie… et puis la vie a continué… Mais vous savez, quand on formule une intention , si on ne la suit pas, on a tôt fait d’être rattrapé par la vie qui nous dit : « Tu n’avais pas dit que tu ne ferais pas ce travail toute ta vie? Il est peut-être temps que tu passes à l’action? »

Et là, 3 ans plus tard, je me retrouve propulsée dans un pays d’Afrique pendant de terribles émeutes, bloquée pendant plusieurs jours dans un hôtel connu de tous où nous redoutions de nous faire tuer par des civils ou des policiers remontés par la propagande anti-blanc qui passait en boucle à la télévision. Il a fallu qu’un blanc se fasse décapiter pour que nous soyons exfiltrés par le GIGN à travers les souterrains de l’hôtel, accompagnés en camion blindé à la base militaire française puis mis à bord du premier vol pour Paris. Vous imaginez? C’est sûr qu’à mon retour je n’étais plus la même… Et quand j’ai compris que malgré l’épreuve que j’avais traversée, je devrais continuer à accepter tous les vols que l’on me programmerait, y compris dans les escales sensibles, j’avoue que j’avais à ce moment-là un argument de poids pour amorcer une reconversion. Mais vous me croyez si je vous dis que j’ai quand même continué?

Quand l’inconfort rassure

Même quand tous les signaux sont au rouge, nous sommes capables de nous entêter. Pourquoi? Parce qu’on se dit qu’un autre que nous aurait tenu le coup, parce qu’on vit ça comme un échec, parce qu’on est persuadé qu’on va être jugé, parce qu’on a l’impression de ne pas savoir faire autre chose que ce que l’on a fait jusqu’à présent, et puis parce que ça nous fait peur de changer de direction…

Et oui, si l’on sait ce que l’on quitte, on ne sait pas vraiment ce que l’on va trouver… Et les mêmes questions reviennent inlassablement. Est-ce que ce n’est pas moi le problème? Est-ce que je ne suis pas trop exigeante? Est-ce que je ne devrais pas courber l’échine et continuer?  Est-ce que j’ai raison de vouloir quitter un métier avec un bon salaire et des avantages pour me lancer dans un projet de carrière que je ne contrôle pas et pour lequel je n’ai aucune garantie? Dans les faits, c’est de moi dont je vous parle, mais si vous me lisez avec attention, c’est que je  parle un peu de vous aussi…

Quand nos valeurs sont atteintes

Alors pour en revenir à mon vécu, je dois vous dire que quelques années plus tard, lorsqu’après 3 ans de congé parental, j’ai décidé de reprendre mon activité dans les avions, la vie est venue me chercher dans mes valeurs les plus essentielles. Ben oui! Il lui fallait employer les grands moyens, puisque j’avais émis une intention et que je n’avais pas eu le courage de l’honorer…

Vous vous doutez qu’après 3 ans passés à m’occuper de ma fille et de son père, l’un comme l’autre avaient pris l’habitude de m’avoir à leur disposition? Alors quand je me suis absentée plusieurs jours et plusieurs nuits, ça a été très très dur à la maison… Ma fille qui était pourtant de santé solide a commencé à enchaîner les accès de fièvre et les maladies. Quant à son père, il n’a pas su adapter son rythme de travail à cette nouvelle configuration et la valse des nounous a commencé… Quand l’amour et la famille figurent parmi vos valeurs les plus essentielles, quand vous avez justement renoncé à votre salaire pendant plus de 3 ans pour être là pour les vôtres et offrir un cadre rassurant à votre enfant, c’est difficile de le voir complètement bouleversé…

Ce qui s’est passé en moi

A ce moment-là, j’ai culpabilisé. Comment j’étais capable de laisser ma fille et son père dans un tel désarroi, alors même qu’ils étaient le centre de ma vie? Comment je pouvais faire passer mon métier avant le bien-être de ceux que j’aimais le plus au monde et comment je pouvais risquer de les perdre? Et oui, lorsque je partais, je me demandais toujours si j’allais revenir…

C’est là que j’ai pris conscience du traumatisme que m’avait laissé ce que j’avais vécu en Afrique. Et il a suffi d’une escale sensible pour que je me retrouve littéralement submergée par la peur de revivre un épisode similaire… A ce moment-là, je me suis dit que je n’étais pas un petit soldat prêt à tout pour son travail et que le plus important pour moi était d’être là pour les miens.

Il est un moment où une porte s’ouvre

Après cet épisode, j’ai travaillé quelques mois au siège social, je suis tombée enceinte de mon deuxième enfant et c’est pendant cette grossesse que mon projet a germé. La création appelle la création… Un jour je me suis réveillée avec l’idée d’entreprendre des études de décoration, je me suis renseignée et dans la foulée, je me suis inscrite. Parfois, il vaut mieux ne pas réfléchir trop longtemps, surtout quand c’est cette petite voix de l’intuition qui vous parle et quand ça parait si fluide et si clair… Au fond de moi, je reste persuadée que ce petit être qui se formait en moi m’a soufflé où je devais aller. Et je lui dis merci!

Et oui, car après tout s’est enchaîné. J’ai suivi des études par correspondance, quand je me suis sentie prête à monter ma société j’ai démissionné et quelques mois plus tard Secrets d’harmonie voyait le jour. Car si je vous parle de grand saut, c’est parce que j’ai quitté un boulot sûr, avec un bon salaire, un bon CE et de bonnes perspectives d’évolution, pour me lancer dans une nouvelle carrière et passer de salariée à entretrepreneur… Ce n’est pas le même monde! Et cela ne demande pas les mêmes compétences!

Pourquoi je vous dis tout ça

Vous vous doutez bien que mon but n’est pas de vous raconter ma vie, car si j’avais voulu, je l’aurais fait depuis longtemps… Si j’ai pris le temps de partager avec vous en toute authenticité les phases par lesquelles je suis passée avant de me reconvertir et de me lancer dans l’entrepreneuriat, c’est pour vous montrer que ce n’est pas rien de quitter un poste pour se lancer dans l’inconnu et que c’est humain de s’y accrocher, même quand on est  convaincu qu’il n’est pas fait pour nous.

C’est comme lorsqu’on a envie de quitter une personne qu’on n’aime plus ou avec laquelle on n’est plus heureuse. On est souvent retenu par la peur de partir, de se retrouver seul ou de tomber à nouveau sur une personne qui ne nous conviendra pas. C’est exactement pareil pour votre activité professionnelle. Mais le souci majeur, c’est que tant que vous resterez, vous ne pourrez pas savoir si c’est mieux ailleurs.

Que faire?

Le premier conseil que je peux vous donner, c’est de dresser la liste de ce qui vous est dur ou pénible ou désagréable dans votre travail et de vous imaginer supporter cela encore et toujours dans deux ans, dans dix ans puis dans vingt ans…  Cela fonctionne aussi avec une relation amoureuse, mais pour l’heure c’est de votre vie professionnelle dont nous parlons…

Ensuite, prenez le temps de noter les aspects positifs de votre travail, car il y en a forcément. Rien n’est totalement blanc ou totalement noir. Et la peur de quitter va encore plus les faire revenir. C’est tellement humain! C’est au moment de quitter que l’on repense à ce qui allait bien… C’est le moment de vous demander en toute honnêteté si le positif compense vraiment tout ce qui vous mine, tout ce qui vous donne envie de partir…

Maintenant que vous avez fait la balance entre le positif et le négatif, prenez le temps de noter vos valeurs. C’est tellement important de connaître ses valeurs! Et identifiez là où elles sont respectées et là où elles sont heurtées. Regardez la réalité en face! Car s’il est bien un aspect de notre nature qu’il est toujours important de préserver, ce sont nos valeurs…

A ce stade, si votre baromètre vous dit qu’il est temps de quitter votre situation actuelle, surtout si elle est stable et rassurante, il est fort à parier que les peurs vont arriver à la charge. Et là, je ne vous promets pas des nuits sereines… Si en plus vous faites part de votre projet à votre entourage, vous allez hériter de leurs propres peurs car je vous préviens, ils ne se gêneront pas pour les projeter sur vous en toute impunité mais sans mauvaise intention, tout cela étant la plupart du temps inconscient…

Faut-il sauter ou pas?

Maintenant, je vais vous donner un dernier conseil. Car je ne suis pas là pour vous convaincre que l’entrepreneuriat est un passe vers le bonheur mais plutôt pour vous aider à cerner ce qui est bon pour vous. Une fois que vous aurez vraiment évalué où vous en êtes et si vous avez vraiment envie de faire le grand saut, donnez-vous le temps d’avancer à votre rythme, donnez-vous l’autorisation de tomber et de vous relever, donnez-vous le droit de vous tromper.

Dans cette voie de l’entrepreneuriat, sachez que votre travail ne sera plus jamais mâché, que personne ne sera là pour vous dire quoi faire ni à quelle heure vous lever le matin, que vous devrez vous former à de nouvelles techniques y compris en dehors de votre corps de métier et que parfois, vous vous sentirez découragé… Surtout qu’au début, on a tendance à se mettre une pression phénoménale en restant sur le modèle du salariat.

Alors que l’avantage de l’entrepreneuriat, c’est justement que l’on jouit d’une grande liberté et que c’est cette permission que l’on se donne de s’offrir des moments à nous qui nous permet d’être plus créatif et plus efficace aussi. Peu importe le temps que vous passez derrière votre bureau, l’essentiel est de fournir un travail de qualité et de vous sentir aligné avec ce que vous offrez. Car s’il est une chose que l’on découvre parfois malgré nous, c’est que l’épanouissement de notre entreprise passe par notre propre épanouissement.

Rien que pour cela, je trouve que cela vaut le coup de faire le grand saut. Et vous?

Cet article a été écrit dans le cadre de l’Evénement inter-sites organisé par Olivier Clémence sur le thème suivant: Devenir entrepreneur. Vous pouvez accéder à l’article d’Olivier en cliquant sur ce lien: https://www.reussir-mon-ecommerce.fr/devenir-entrepreneur

2019-02-15T17:57:16+02:00 By |Non classé|1 Comment

One Comment

  1. thomas itconsult 14 février 2019 at 15 h 55 min - Reply

    bonjour,
    merci pour se partage d’expérience et des conseils pour bien évaluer ce que peut attendre de ses objectifs ou rêves.
    merci et bonne journée

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